Pour Lynk & Co, la location mensuelle est l’avenir de l’automobile

Le constructeur chinois Geely et sa filiale suédoise, Volvo, proposent leurs voitures sous forme d’une formule résiliable à tout moment et se présentent comme « le Netflix de l’automobile ». Article tiré du journal Le Monde.

Le modèle 01 de Lynk&Co

Un constructeur automobile peut se différencier en procédant à des choix technologiques tranchés ou en adoptant un style original pour ses modèles. Lynk & Co n’a pas ce genre d’ambition. Cette firme créée par le groupe chinois Geely et sa filiale suédoise, Volvo, a décidé de marquer son territoire en proposant ses voitures sous forme d’une formule de location, résiliable à tout moment.

En s’acquittant d’une redevance de 500 euros par mois, on peut disposer d’une Lynk & Co 01 – un SUV dérivé d’un Volvo XC40 – et parcourir 15 000 kilomètres par an à son volant. L’entretien est inclus et seuls le carburant comme l’électricité (il s’agit d’une version hybride rechargeable) sont à la charge de l’utilisateur qui, par ailleurs, pourra réduire ses frais en sous-louant son véhicule à des tiers avec la bénédiction de la marque.

Cette approche impose des contraintes particulières. Fabriquée en Chine, la 01, uniquement disponible en bleu marine ou en noir, ne dispose pas d’options, il n’existe aucun réseau commercial (les concessionnaires Volvo assurent l’entretien) et la redevance est sensiblement supérieure à ce que serait, pour la même voiture, un loyer de location longue durée. Lynk & Co n’a certes pas inventé la formule de la location mensuelle que proposent aussi Aramisauto (pour les voitures d’occasion reconditionnées) tout comme Hyundai et Seat sur leur catalogue. Le constructeur, qui se définit comme « le Netflix de l’automobile », estime cependant avoir poussé l’équation beaucoup plus loin en y associant une formule d’autopartage et en favorisant l’émergence d’une communauté d’utilisateurs.

Profil sans surprise

Selon Lynk & Co, le démarrage est prometteur. Malgré les perturbations liées à la pandémie et aux difficultés d’approvisionnement en composants électroniques, quelque 30 000 abonnés ont déjà été recrutés. Au total, 95 % d’entre eux ont opté pour la location car il est toujours possible de payer cash en déboursant 41 500 euros. Les Pays-Bas sont le pays qui apprécie le plus la location mensuelle, devant l’Italie et la Suède. L’Allemagne, où semble prévaloir un rapport plus traditionnel à la propriété dès qu’il s’agit de voiture, est à la traîne. Quant à la Chine, il n’est pas question d’y diffuser des Lynk & Co autrement que sous forme d’un très classique contrat de vente.

En France, où seules 200 livraisons ont été assurées, 4 000 « adhérents » ont souscrit à la formule d’abonnement qui n’est pour l’instant possible qu’en région parisienne. Un « club », lieu de convergence de la « communauté Lynk & Co » où l’on peut discuter et boire un verre entre pionniers de l’abonnement automobile, comme il en existe déjà à Amsterdam, Berlin ou Göteborg, verra le jour en 2022 dans la capitale.

Le profil des premiers clients est relativement homogène et sans surprise : ils vivent dans de grandes agglomérations, sont nettement plus jeunes que la moyenne (35 ans, soit pratiquement vingt ans de moins que l’âge médian des acquéreurs de voitures neuves) et appartiennent à des catégories aisées. La marque n’indique pas dans quelle mesure ils mettent en pratique la possibilité de sous-louer leur véhicule, facilitée par une application élaborée par le constructeur qui élargira bientôt son concept de voitures partagées aux flottes automobiles.

Apparent paradoxe, les premiers souscripteurs ont jusqu’à présent fait preuve d’une fidélité remarquable. Ils n’ont pas utilisé la possibilité de résilier brusquement leur abonnement. « Cette option correspond à une sécurité d’ordre essentiellement psychologique. Nos clients sont des gens très flexibles qui ne veulent pas s’embarrasser d’une voiture dont on sait qu’elle n’est utilisée que 4 % du temps », plaide Alain Visser, président de Lynk & Co. Selon lui, « il existe un décrochage entre l’industrie automobile, qui conserve le même modèle économique depuis des décennies, et ce qu’attendent les consommateurs qui sont toujours plus nombreux à vouloir rompre avec la logique de l’achat traditionnel mais aussi de la location longue durée ».

Conçue selon un modèle qui exige de tenir strictement les coûts, la marque, qui a peut-être pris un risque en optant pour un classique modèle hybride rechargeable, ne se dotera pas d’un véhicule 100 % électrique avant 2024. Un élargissement des teintes de carrosserie disponibles n’est pas à l’ordre du jour et la gamme Lynk & Co ne devrait à terme pas proposer plus de trois modèles.

Jean-Michel Normand