Accompagner l’épargne des jeunes, un défi que peu de banques relèvent

Rares sont les établissements à avoir conçu un accompagnement spécifique de la génération Y dans la constitution de leur patrimoine financier. Quelques acteurs se distinguent, notamment côté banques privées et néobanques. Article tiré du journal Le Monde.

Il existe peu de placements spécifiquement dédiés aux jeunes. Le principal d’entre eux est le Livret Jeunes, réservé aux 12-25 ans, qui peuvent y déposer jusqu’à 1 600 euros seulement. Idéal pour placer ses premières économies, d’autant que ce produit réglementé, exonéré d’impôt, rapporte plus que le 0,5 % net du Livret A. Son taux s’établit à 2 % chez HSBC, 1,25 % chez BNP Paribas et 1 % chez LCL et Société générale.

De son côté, le plan d’épargne en actions (PEA) Jeunes est peu mis en avant par les banques. Lancé en 2019, il permet aux 18-25 ans d’investir jusqu’à 20 000 euros en actions européennes dans un cadre fiscal attractif, mais il est réservé aux jeunes rattachés au foyer fiscal de leurs parents.

Une fois fêté leur 25e anniversaire, ceux-ci deviennent donc des épargnants comme les autres aux yeux des banques. Elles leur proposent des placements classiques, comme le Livret A, l’assurance-vie ou le PEA. Aucun regret à avoir : ces produits ont toute leur place dans le patrimoine de la grande majorité des épargnants, quel que soit leur âge.

Le jean ne suffit pas…

Le défi consiste plutôt, pour les banques, à accompagner la génération Y [jeunes nés entre 1980 et 2000] vers la constitution de son patrimoine financier plutôt que de se contenter de lui vendre une ribambelle de produits. « Les jeunes comparent un rendez-vous chez leur banquier à une visite chez le dentiste ! Il devrait en être autrement », estime Sylvain Meyer, manageur en salle de marché chez Oddo BHF, qui a fait de ce constat son cheval de bataille avec sa collègue Anne Bismut, responsable juridique Asset Management du même groupe.

A 72 ans à eux deux, ces millennials ont lancé au sein du groupe un projet intrapreneurial consacré à la génération Y, en parallèle de leur activité.

Première pierre de l’édifice, le site Sparewell a été lancé en juillet. « C’est un site d’inspiration économique par et pour les millennials. L’objectif est de simplifier le sujet et, à terme, de proposer des outils de simulation répondant à des questions concrètes comme : “Combien dois-je mettre de côté par mois pour obtenir 50 000 euros dans dix ans ?” », explique Anne Bismut. Très loin de l’austérité de l’univers de l’épargne, Sparewell ressemble plus à un site de lifestyle conçu autour des projets du jeune plutôt que de ses placements.

Toujours du côté des banques privées, depuis trois ans, Neuflize OBC met particulièrement l’accent sur les riches millennials (un million d’euros d’actifs financiers minimum). « Nos jeunes clients ne sont pas sensibles aux attributs classiques d’une banque de gestion de patrimoine, avec déjeuner dans nos salons privés », note Laurent Garret, le président du directoire.

Ainsi, ses banquiers affectés à cette clientèle sont jeunes, geek et parlent le même langage que les millennials. Mais il ne suffit pas de porter un jean pour convaincre ces clients exigeants. « Ils ont souvent vendu leur start-up à 30 ans et continuent à fonctionner en tribu autour de leur écosystème professionnel. Il faut pouvoir les accompagner, par exemple, dans leur activité de business angel », ajoute Laurent Garret, qui précise que ses banquiers doivent être opérationnels à tout moment, tout comme leurs clients.

Les néobanques ont une longueur d’avance

Cette réactivité est aussi la norme dans les néobanques, visant cette fois la clientèle classique,comme le confirme Emmanuel Boulade, le porte-parole du britannique Revolut, qui compte un million de clients en France, dont les deux tiers ont moins de 35 ans : « Nous mettons l’accent sur une communication autour de l’épargne sans jargon, avec un vocabulaire très simple, pour que l’investissement soit accessible au plus grand nombre. »

Le trentenaire est en contact direct avec une poignée de jeunes clients passionnés, qui se réunissent tous les deux ou trois jours sur un groupe WhatsApp. Objectif : mieux comprendre leurs besoins et leurs attentes. De même, les réseaux sociaux constituent un véritable poste d’observation. « Certains clients me contactent sur Twitter pour signaler un problème technique, par exemple la synchronisation d’un graphique dans l’outil d’achat d’actions : cela me permet de réagir quasi immédiatement pour apporter une solution. »

Les banques de réseau ont, quant à elles, encore du chemin à faire pour atteindre ce degré de réactivité si chère à la génération Y. Si leurs offres de compte courant sont largement développées, avec des tarifs adaptés aux petits budgets jusqu’à 25 ou 30 ans, elles s’adressent à la génération Y comme à leurs autres clients en matière d’épargne.

Pourtant, les besoins sont là. « Un quart de nos clients ont entre 18 et 35 ans. Ils s’intéressent de plus en plus à l’épargne : 20 % d’entre eux détiennent un contrat d’assurance-vie. Et de nombreux millennials ont ouvert un compte-titres ou un PEA pendant le confinement, en y plaçant en moyenne 10 000 euros », indique Grégory Guermonprez, directeur de la banque en ligne Fortuneo.

Agnès Lambert