Grâce à l’industrie des hologrammes, les morts remontent sur scène

Article tiré du journal The New York Times.

Le 25 février, Whitney Houston part en tournée, sept ans après sa mort. L’essor des hologrammes permet d’organiser des concerts que l’on pensait impossibles. Enquête sur une industrie qui ressuscite Maria Callas, Buddy Holly ou Roy Orbison, et crée la polémique.

L’essor des hologrammes permet d’organiser des concerts que l’on pensait impossibles. Enquête sur une industrie qui ressuscite Maria Callas, Buddy Holly ou Roy Orbison, et crée la polémique.

A l’approche de sa première tournée américaine en dix ans, Ronnie James Dio a passé des mois à Los Angeles enfermé dans des locaux sans prétention au-dessus d’une boutique de vapoteuses et d’un studio de massage. Je m’y suis rendu au printemps 2019, quelques jours seulement avant le concert inaugural. L’enthousiasme était palpable au sein de l’équipe. Dio n’a jamais été un nom connu dans le monde entier, mais il compte parmi les plus grands chanteurs de heavy metal, au même titre qu’Ozzy Osbourne (qu’il a d’ailleurs remplacé dans le groupe Black Sabbath). À partir des années 1970, Dio a codifié les conventions les plus insensées mais essentielles du genre. Ses chansons avaient pour sujet des loups et des démons, il a fait une tournée accompagnée d’un dragon mécanique et il aurait popularisé les “cornes du diable” – geste que font les fans avec les doigts quand ils secouent leur chevelure en rythme. Dio racontait que c’était un signe que faisait sa grand-mère italienne pour repousser le malocchio [le mauvais œil] et la malchance.

Pourtant, cette nouvelle tournée n’a pas fait l’unanimité chez les fans de Dio, surtout parce qu’il est mort en 2010. Les bureaux de Los Angeles étaient le studio d’images de synthèse où était mis au point un hologramme du chanteur. Et l’hologramme en question est donc parti en tournée avec un groupe bien vivant, principalement composé d’anciens membres du groupe. Si vous n’avez pas eu l’occasion de faire le déplacement, je vous recommande de regarder sur YouTube l’une des vidéos filmées par des fans – par exemple Rainbow in the Dark, un titre qui a fait fureur en 1983. Dans ce numéro, l’hologramme de Dio arpente une bonne partie de la scène, il secoue la tête, zigzague, joue avec le fil de son micro au rythme de riffs incroyables et imite parfois les gestes d’un chef d’orchestre lors de ses envolées les plus lyriques.

Le bassiste Bjorn Englen fait quelques pas sur sa gauche pour que l’hologramme danse devant lui et contribue ainsi à l’illusion d’une apparition tridimensionnelle. La figure de synthèse est d’une pâleur troublante, son teint est plus lumineux que les êtres humains qui l’accompagnent sur scène, et elle a aussi quelque chose d’immatériel, comme un fantôme qui peinerait à se matérialiser complètement.

Le profit mort ou vif

Au début du projet, les animateurs ont dû prendre une décision cruciale : déterminer l’âge de leur création. Bien sûr, ils ont été tentés de redonner vie à un Dio à l’apogée de sa gloire. Mais ne serait-il pas étrange de le voir jouer à côté de ses camarades qui, comme nous tous, en ont pris un coup avec les années ? Si Dio était encore en vie, il aurait eu 77 ans en 2019, ce qui n’est pas non plus l’âge idéal pour une star du heavy metal. L’équipe artistique a fini par trancher : Dio serait un hologramme dans la force de l’âge, fringant, habillé d’un pantalon en cuir noir, d’un bracelet à clous et d’une ample tunique blanche brodée d’une croix argentée.

C’est une start-up, Eyellusion, qui a produit la tournée “Dio Returns” [“Le Retour de Dio”]. Elles sont peu nombreuses à travailler et à monétiser cette nouvelle forme de divertissement : un concert qui est aussi un spectacle innovant. Pour l’instant, ce concept s’articule autour de musiciens morts qui prennent la forme de revenants holographiques. Au printemps 2019, Eyellusion a aussi produit une tournée de Frank Zappa supervisée par son fils, Ahmet. Quelques heures avant le premier concert, j’ai discuté avec le propriétaire de la salle, Peter Shapiro, 47 ans, qui en avait eu un aperçu : “Ce que j’ai vu m’a plus donné l’impression de voir Zappa qu’un groupe qui fait des reprises.” Il a ajouté qu’en se fiant à la seule vente des tickets, il n’hésiterait pas à renouveler l’expérience, puisque la quasi-intégralité des 1 800 places avait été vendue le premier soir.

“Mais voici le scoop, poursuit-il. Qui est mort ces dernières années ? David Bowie, Prince, Tom Petty. Qui est encore vivant mais ne montera probablement plus sur scène dans dix ans ? The Rolling Stones, The Who, The Eagles, Aerosmith, Elton John, McCartney. Ce sont des piliers non seulement du rock, mais aussi de la scène. Certes, il y a Taylor Swift, Ariana Grande. Mais les piliers, ce sont ces mecs-là.” Les calculs de Peter Shapiro sont peut-être morbides, mais il n’a pas tort. Selon la revue spécialisée Pollstar, environ la moitié des 20 tournées les plus rentables en Amérique du Nord en 2019 étaient celles d’artistes qui ont au moins 60 ans – notamment Cher, Kiss, Fleetwood Mac, Paul McCartney, Dead & Company et Billy Joel. Les trois spectacles les plus lucratifs étaient ceux des Rolling Stones, d’Elton John et de Bob Seger. 

D’ordinaire, c’est plutôt la science-fiction qui se sert des nouvelles technologies pour brouiller les pistes entre les morts et les vifs, mais c’est peut-être aussi un nouveau filon pour l’industrie de la musique. Dans ce secteur en pleine transformation, les artistes les plus populaires ne peuvent plus compter sur les ventes de disques ou de téléchargements pour assurer des revenus à leurs proches post mortem.

Perfectionnement technologique

En 2012, quinze ans après son meurtre, Tupac Shakur est devenu l’un des premiers cobayes lorsque son hologramme a fait une apparition surprise au festival californien de Coachella. Pour projeter une image holographique à taille humaine dans un volume en 3D, exactement comme la princesse Leia dans Star Wars, il faudrait recourir à des lasers puissants et hors de prix, dont le faisceau brûlerait par ailleurs la chair humaine. L’hologramme de Tupac a été créé en associant des images de synthèse, une doublure et un effet spécial employé au théâtre depuis le XIXe siècle et surnommé le “fantôme de Pepper” – des variantes de ce procédé ont été utilisées dans presque tous les concerts avec un hologramme ces dernières années.

Jim Steinmeyer, magicien et historien de la magie, l’explique dans son livre intitulé Hiding the Elephant [“Camoufler l’éléphant”, inédit en français] : John Henry Pepper, directeur de l’Institut royal polytechnique à Londres, a popularisé cette technique en adaptant une scène de L’Homme hanté, de Charles Dickens, le soir de Noël en 1862. Pour matérialiser ses fantômes, John Pepper a projeté une lumière vive sur un acteur qui se trouvait dans une grande trappe sous la scène (un peu comme la fosse d’orchestre), de manière à ce qu’il se reflète sur une grande vitre installée en biais sur la scène, invisible aux yeux du public. L’image spectrale semblait légèrement en retrait du verre, “comme si elle évoluait dans le même espace que les acteurs et le décor”, écrit Jim Steinmeyer.

Si tout le monde était parfaitement synchronisé, le fantôme pouvait jouer avec les acteurs, par exemple en esquivant des coups d’épée ou en traversant les murs.”

Cette représentation, organisée à l’Institut royal polytechnique, se voulait une conférence scientifique, mais la fascination du public a convaincu John Pepper de devenir magicien. Peu de temps après, il a fait connaître son illusion d’optique dans de nombreux théâtres au Royaume-Uni et aux États-Unis.

En 2012, l’hologramme de Tupac n’a joué que deux chansons, il s’est exclamé “Faites du bruit Coachellaaa” et ia rappé 2 of Amerikaz Most Wanted aux côtés de Snoop Dogg. Mais sa résurrection numérique est aussi devenue une étude de faisabilité. Par la suite, quelques autres musiciens décédés se sont retrouvés sur scène ponctuellement : Michael Jackson était à la cérémonie des Billboard Music Awards en 2014 ; Juan Gabriel, superstar de la pop mexicaine, a fait une apparition au concert qui lui rendait hommage après sa mort soudaine, en 2016. Des artistes bien vivants se sont aussi emparés de cette innovation, notamment le rappeur Chief Keef, qui, sous le coup de mandats judiciaires en 2015, s’est présenté à un concert californien sous forme d’hologramme. Mais une question cruciale restait en suspens : les fans seraient-ils au rendez-vous si un spectacle tout entier était assuré par un hologramme ?

Marty Tudor, PDG de Base Hologram, connaît le milieu du divertissement comme sa poche. Quand il a vu les images de feu Tupac à Coachella, il a eu l’intuition que cette nouvelle technologie n’était pas forcément limitée à de brèves apparitions dans les festivals. Marty Tudor a présenté son idée à Brian Becker, ancien PDG de Clear Channel Entertainment, qui était à l’époque aux États-Unis le premier promoteur et gestionnaire de salles dans le monde du spectacle. “Nous sommes toujours à l’affût, dans notre secteur, de nouveaux filons”, affirme Brian Becker. Après avoir écouté l’argumentaire de Marty Tudor, il s’est dit que les hologrammes pourraient bien être une aubaine.

L’apparition de Tupac a poussé diverses start-up à se poser la même question. Dans la foulée, toutes se sont ruées sur les organismes chargés de gérer le patrimoine des artistes morts afin de négocier des contrats exclusifs. Digital Domain, la société à l’origine de Tupac sous sa forme holographique, a déposé le bilan peu après le concert de Coachella, mais l’un de ses patrons, un investisseur du nom de John Textor, n’a pas tardé à créer une nouvelle entreprise, Pulse Evolution, qui a produit l’hologramme de Michael Jackson. Peu après, il a annoncé que des contrats avaient été signés avec les fondations d’Elvis Presley, de Marilyn Monroe et du groupe Abba, qui s’est séparé en 1982. De son côté, un milliardaire excentrique, le Gréco-Britannique Alki David, a fondé une entreprise concurrente, Hologram USA.

“Captivant mais grotesque”

Base Hologram, créée par Marty Tudor et Brian Becker, a d’abord obtenu les droits de ressusciter Maria Callas et Roy Orbison, qui ont chacun fait leur retour sur scène en 2018 en Europe et en Amérique. Les trois fils de Roy Orbison gèrent son patrimoine (grâce à l’entreprise Roy’s Boys) et ce sont eux qui ont contacté Base Hologram après la dissolution d’un autre contrat, m’a expliqué Marty Tudor. “Roy était un artiste plutôt immobile sur scène – la plupart du temps, il grattait sa guitare –, c’est pourquoi il était le candidat idéal”, souligne le producteur. (Une tournée de 58 dates avec les hologrammes de Roy Orbison et Buddy Holly a [eu lieu à l’automne 2019 aux États-Unis et en Europe].) La représentation de Maria Callas, elle, se devait d’être plus expressive.

Lors d’une brève démonstration à laquelle j’ai assisté chez Sotheby’s, à New York, son hologramme portait une robe blanche et une longue étole rouge. Après la scène du trio des cartes dans l’acte III de Carmen, l’hologramme lançait en l’air un jeu de cartes, qui restaient figées un instant pour suivre la musique avant de retomber au sol. “Quoique un peu mélodramatique, l’illusion fonctionne”, a écrit le critique du New York Times Anthony Tommasini après une représentation au Lincoln Center. Et d’ajouter que l’événement était “fascinant et absurde, étrangement captivant mais aussi empesé et grotesque”.

En février 2020, la plus grande des stars décédées doit remonter sur scène grâce à Base Hologram : Whitney Houston. En raison de sa mort tragique et relativement récente, cette tournée holographique est aussi la plus polémique à ce jour. Début mai 2019, je me suis rendu dans un studio à Griffith Park, à Los Angeles, pour voir comment se déroulait la capture des mouvements pour l’hologramme de Whitney Houston. Le studio était une espèce d’entrepôt géant avec un éclairage tamisé et une climatisation survoltée. Plusieurs personnes présentes se plaignaient de l’atmosphère glaciale, notamment Marty Tudor, qui portait une doudoune sans manches avec son jean et sa chemise à rayures. Fatima Robinson, directrice artistique, portait un foulard sur la tête et un anorak, et tenait entre ses mains une chaufferette électronique.

Les habitués de la postproduction hollywoodienne créent des hologrammes en images de synthèse tout comme ils donnent vie à des personnages comme Gollum et Thanos [dans les films des sagas Le Seigneur des anneaux et Avengers] : des photos prises par milliers enregistrent le moindre mouvement d’une doublure, qui devient l’ossature d’un modèle numérique en 3D sur lequel travaillent ensuite des animateurs. Dans le cas des hologrammes de stars, il s’agit avant tout de donner à la doublure les traits de l’artiste, nous permettant ainsi de le voir chanter en playback.

La doublure de Whitney Houston est montée sur scène et s’est mise à interpréter une première chanson: Step by Step, un titre de gospel enjoué et optimiste tiré de la bande originale de La Femme du pasteur (1996). La doublure avait des taches de rousseur et ses cheveux étaient colorés et tressés, mais elle avait à peu près la même carrure que Whitney. Elle portait des collants noirs, un tee-shirt noir et un ample gilet blanc (les costumes créés par l’ancienne styliste de Whitney seraient portés une autre fois) et était perchée sur une plateforme que des techniciens faisaient lentement tourner pendant que la jeune femme chantait en playback.

Sélectionnée parmi 900 candidates, elle avait sans aucun doute l’étoffe d’une star. (Base Hologram a demandé que son anonymat soit conservé.) Step by Step est une chanson qui n’est pas appréciée à sa juste valeur, un morceau mièvre mais curieusement irrésistible. Observer cette répétition m’a rappelé un grand talent de Whitney Houston : donner corps à une chanson médiocre, certes grâce à la puissance de sa voix, mais aussi par sa présence, sa joie communicative et son immense confiance en elle – sans compter l’énergie de ses choristes. Mais elle nous faisait aussi comprendre, dès cette époque, qu’elle n’était pas aussi innocente que ne le laissaient entendre les paroles. La doublure réussissait à interpréter cette complexité par le mouvement de ses épaules ou les regards déterminés qu’elle adressait à un public fantôme. Sous un éclairage puissant, la doublure projetait une ombre digne d’un film d’horreur sur le mur de ce studio insonorisé et plongé dans l’obscurité.

Une atmosphère singulière régnait dans cet immense espace où résonnaient la voix de Whitney et la dance rythmée des années 1990 – le volume était aussi fort qu’en boîte, dans une pièce presque vide où personne ne dansait ni ne mimait les paroles. Malgré un décor sommaire, même si on voyait toutes les ficelles, je n’étais plus indifférent après avoir entendu trois ou quatre fois la chanson. Irais-je jusqu’à dire que j’étais ému ? Pas sûr. Mais si l’idée même de ce spectacle paraissait condamnable, je commençais à me dire que l’ensemble pouvait, bizarrement, marcher. Le futur hologramme articulait les mots de Whitney Houston : “Well there’s a bridge / And there’s a river / That I still must cross / As I’m going on my journey / Oh, I might be lost” [“Un pont, une rivière que je dois encore franchir durant mon périple. Oh, suis-je perdue ?”] Marty Tudor m’a indiqué qu’à terme ils pourraient faire disparaître par ordinateur la plateforme tournante ou lui donner une autre apparence. L’équipe artistique ne s’était pas encore décidée. Mais ils pouvaient tout faire, y compris faire flotter Whitney dans les airs.

Éclat paranormal

À chaque fois que j’ai demandé à quelqu’un du milieu si les fans ne risquaient pas d’être déconcertés ou choqués par ces concerts, mon interlocuteur s’est tenu sur la défensive. On m’a répondu que c’était de la mise en scène, un élément parmi d’autres dans un spectacle total. Tous ceux à qui j’ai parlé ont affirmé qu’ils respectaient ces artistes et prenaient cette création très au sérieux. Et, comme ils le font remarquer, les hommages à des musiciens morts n’ont rien de nouveau. Un groupe australien reprenant Pink Floyd vient de jouer à Los Angeles, m’a fait remarquer Marty Tudor. Deborah Speer, rédactrice en chef des reportages pour la revue Pollstar, a noté que quasiment 200 groupes hommage étaient répertoriés : l’un des plus populaires, Rain: A Tribute to the Beatles, arrive souvent dans la première moitié du classement Concert Pulse, avec une moyenne de 1 833 tickets et 95 955 dollars de recette par concert ces trois dernières années.

En tout cas, le public venu au concert de Frank Zappa semblait complètement sous le charme : la foule s’est déchaînée à l’apparition de l’hologramme au centre de la scène pour le numéro d’ouverture, Cosmik Debris. D’où j’étais, au huitième rang, j’ai eu l’impression de voir Zappa, même si sa silhouette émettait un éclat paranormal auxquels n’échappent pas les hologrammes. Au bout d’un moment, “Frank” s’est adressé au public : “Bonsoir à tous. Vous n’allez pas me croire, mais je suis aussi heureux de vous voir que vous d’être ici ce soir. Je suis un bouffon à votre service et mon nom est Frank.” À certains égards, les impros psychédéliques de Zappa, tout comme ses paroles loufoques et satiriques, se prêtaient parfaitement à l’expérience, permettant ainsi à l’équipe artistique de mettre l’hologramme en scène judicieusement (“comme le requin dans Les Dents de la mer, m’a expliqué quelqu’un en coulisse) avec des visuels délirants qui m’ont rappelé l’esthétique des premiers fonds d’écran : du fil dentaire qui prend vie, un manchot qui se fait punir par une dominatrice, Zappa prenant l’apparence d’une poupée Ken en jogging.

Pendant le spectacle, mon esprit s’est égaré et je me suis pris à penser aux utilisations douteuses qui pourraient être faites des artistes décédés. En tirant parti de l’intelligence artificielle et du clonage de voix, les concerts ne se limiteraient peut-être plus aux titres enregistrés du vivant de l’artiste. Un hologramme d’Aretha Franklin pourrait faire taire un spectateur dissipé, plaisanter avec son batteur et chanter une reprise de Shallow [le duo de Lady Gaga et Bradley Cooper]. Kurt Cobain, habillé du même gilet vert délavé que pendant le concert MTV Unplugged, pourrait faire une apparition surprise aux Grammy Awards aux côtés de Billie Eilish. Le temps d’un spectacle exceptionnel à Hyde Park, on pourrait assister aux retrouvailles des Beatles avec Paul et Ringo en vrai et des hologrammes de John et George.

Dans la salle de Port Chester, à une heure de New York, une animation grotesque de Zappa en pâte à modeler s’est matérialisée sur scène et le mec assis à côté de moi a commencé à mimer les gestes d’un batteur en rythme avec les percussionnistes. Avant le concert, Ahmet Zappa m’avait montré l’autobiographie de son père parue en 1989, où un passage semblait prédire l’innovation technologique qui le ramènerait sur scène vingt-six ans après sa mort : c’était une digression sur “une invention qui pourrait peser plusieurs milliards de dollars” qui permettrait de “créer des images en 3D de toutes tailles (sur votre table basse à la maison ou de plus grande ampleur pour un usage sur scène)”.

Qui sait, la tournée de 2019 aurait peut-être plu à Frank Zappa. Et dans quelque temps, les hologrammes ne seront peut-être plus tournés en ridicule, surtout s’ils se généralisent comme les podcasts et les cigarettes électroniques. Ahmet avait 15 ans quand son père a appris qu’il avait un cancer incurable de la prostate. Le fils du chanteur a fait valoir que le spectacle était “une façon très enfantine de faire face au deuil”. Pendant une ou deux heures chaque soir, Frank remonte sur scène, il joue avec ses potes, et Ahmet croirait presque avoir retrouvé son père. On comprend qu’une telle expérience soit séduisante pour beaucoup de gens.

Mark Binelli