Vieillir, ça se soigne ?

Article tiré du magazine MIT Technology Review, traduit par Courrier International.

Et si le vieillissement n’était qu’une maladie parmi d’autres ? Cette idée controversée pourrait changer radicalement la façon dont nous considérons les effets du temps qui passe sur notre santé. Et dont nous les traitons.

Et si le vieillissement n’était qu’une maladie parmi d’autres ?

Les Cyclopes n’avaient qu’un œil, car, selon la légende, ces géants de la mythologie avaient donné l’autre à Hadès en échange de la possibilité de voir dans le futur. Mais le dieu s’est joué d’eux : la seule chose qu’ils ont pu voir, c’est le jour où ils mourraient. Une connaissance qu’ils ont traînée comme un boulet toute leur vie, soumis à la torture sans fin de connaître leur sort sans pouvoir faire quoi que ce soit pour le changer.

Depuis les temps anciens, le vieillissement est considéré comme une évolution inévitable, inarrêtable et naturelle. On parle de “causes naturelles” pour expliquer la mort de personnes âgées, même lorsqu’elles décèdent d’une pathologie avérée. L’auteur et médecin grec du second siècle avant notre ère Claude Galien soutenait déjà que le vieillissement était un processus naturel.

Depuis lors, son point de vue, selon lequel on peut mourir simplement du fait de son grand âge, domine. Nous considérons le vieillissement comme une accumulation de diverses pathologies de plus en plus courantes au fur et à mesure que l’on prend de l’âge : le cancer, la démence, la fragilité physique… Cela nous fait prendre conscience que nous sommes amenés à tomber malade et à mourir, mais sans nous donner les moyens de changer le cours des choses. Nous n’avons guère plus de prise sur notre destin qu’un Cyclope.

Cependant, un nombre croissant de scientifiques remettent en cause cette conception. Et si nous pouvions défier la mort, ou même l’empêcher d’arriver ? Et si toutes les maladies qui frappent les personnes âgées n’étaient que des symptômes et non des causes ? Ne serait-il pas préférable de placer le vieillissement dans la catégorie des maladies ?

Il faudrait s’attaquer aux racines du mal

David Sinclair, généticien de la faculté de médecine de l’université Harvard, à Boston, fait partie de ceux qui sont à la pointe du mouvement. Selon lui, la médecine devrait considérer le vieillissement non pas comme la conséquence naturelle du fait de prendre de l’âge, mais comme un état maladif en soi. Pour lui, la vieillesse n’est qu’une pathologie, qui, comme toutes les pathologies, peut se soigner. L’étiqueter ainsi permettrait de mieux s’attaquer au problème lui-même, plutôt que de se contenter de traiter les maladies qui accompagnent cet état.

“De nombreuses maladies actuelles parmi les plus graves sont dues au vieillissement. Par conséquent, la priorité absolue doit être de percer les mécanismes moléculaires qui y conduisent et de trouver des traitements, explique-t-il. Si nous ne nous attaquons pas aux racines du mal, nous ne pourrons pas continuer notre progression ascendante linéaire vers une espérance de vie toujours plus longue.”

Il s’agit d’un subtil changement d’approche, mais aux conséquences importantes. En effet, la manière dont les maladies sont classées et considérées par des organismes de santé publique comme l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) permet aux gouvernements et à ceux qui contrôlent les financements d’établir des priorités.

Les organismes régulateurs tels que l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) définissent pour quelles maladies un médicament peut être autorisé, et donc dans quelles conditions il peut être prescrit et vendu. Le vieillissement ne figure pas sur leur liste. Mais selon David Sinclair, il devrait y être, car sinon, il ne sera jamais possible de disposer des financements massifs nécessaires pour trouver des solutions pour le repousser.

À la recherche de financements

“La mise au point des médicaments capables de prévenir et de soigner la plupart des grandes maladies progresse beaucoup plus lentement qu’elle ne devrait, car le vieillissement n’est pas reconnu comme un problème médical, explique-t-il. S’il était considéré comme un état maladif curable, l’argent affluerait vers la recherche, l’innovation et le développement de médicaments.” Il interroge : “Aujourd’hui, quelle compagnie pharmaceutique ou de biotechnologie pourrait s’intéresser au vieillissement si celui-ci n’existe pas en tant qu’état pathologique ?” 

Selon lui, cela devrait être “le plus gros des marchés”.

C’est justement ce qui inquiète les gens qui estiment qu’une telle ruée vers l’or fixerait de mauvaises priorités pour la société. “La question, qui relève du débat scientifique, prend de ce fait une tournure commerciale ou politique”, affirme Eline Slagboom, une épidémiologiste moléculaire qui mène des études sur le vieillissement au Centre médical de l’université de Leiden (LUMC), aux Pays-Bas.

Selon elle, le fait de considérer le vieillissement comme une simple maladie curable amène à accorder moins d’importance à une bonne hygiène de vie. Elle estime que les décideurs politiques et les professionnels de la santé devraient agir davantage pour prévenir les maladies chroniques des personnes âgées en les encourageant à adopter des modes de vie plus sains lorsqu’elles sont encore jeunes ou dans la force de l’âge. Sinon, le message risque de devenir : “Nous ne pouvons rien faire pour quelqu’un [qui vieillit] avant qu’il n’atteigne un stade où il tombe malade ou vieillit rapidement, et où on lui donne des médicaments.”

Par ailleurs, assimiler les personnes âgées à des malades renforcerait la stigmatisation dont elles font l’objet. “L’‘âgisme’ est le mot en ‘isme’ le plus grave qui existe aujourd’hui dans le monde”, souligne Nir Barzilai, directeur de l’Institut de recherche sur le vieillissement à l’Albert Einstein College of Medicine de New York. “Les gens qui vieillissent sont attaqués. Ils se font virer parce qu’ils sont trop vieux. Ils ne parviennent pas à décrocher un emploi. Si l’on dit maintenant à ces gens qui ont déjà tant de problèmes : ‘Vous n’êtes pas en bonne forme, vous êtes malades !’, ce n’est pas leur rendre service alors qu’on essaie de les aider.”

Le vieillissement, “une tragédie humaine universelle” 

Tout le monde n’est pas d’accord pour dire que cette proposition est stigmatisante. “Je suis clairement favorable à ce qu’on qualifie le vieillissement de maladie”, déclare Sven Bulterijs, cofondateur de Sciences pour l’extension de la vie et de la santé, une association bruxelloise qui considère le vieillissement comme “une tragédie humaine universelle”, dont il est possible de trouver la cause profonde puis de s’y attaquer pour permettre aux gens de vivre plus longtemps. “Dans le cas de patients atteints d’un cancer, on ne dit pas que c’est infamant d’appeler ça une maladie.”

En dépit de l’affirmation de David Sinclair sur la possibilité d’une “progression ascendante linéaire”, les avis divergent sur la durée de vie maximale d’un être humain, avec comme question de fond : devons-nous tout simplement mourir ? Si l’on trouve un moyen de soigner et de combattre le vieillissement en tant que maladie, pourrons-nous vivre des siècles, voire des millénaires ? Ou y aura-t-il une limite finale ?

L’observation de la nature porte à croire qu’une vie sans fin n’est pas inconcevable. L’exemple le plus célèbre est peut-être le pin de Bristlecone en Amérique du Nord, qui est considéré comme immortel d’un point de vue biologique. Il peut certes mourir, abattu à coups de hache ou touché par la foudre, mais lorsque rien ne vient le déranger, il ne tombe pas de lui-même parce qu’il devient vieux. Certains spécimens auraient juste 5000 ans… et l’âge ne les fait pas dépérir. Le secret de leur longévité reste un mystère. D’autres espèces semblent également présenter des signes d’immortalité biologique, notamment certaines créatures marines.

Forts de telles observations, certains affirment que l’espérance de vie pourrait être considérablement allongée grâce à des interventions adéquates. Pourtant, en 2016, une étude de premier plan publiée dans la revue Nature estimait que la vie humaine avait une limite, laquelle se situait aux alentours de 115 ans. Elle s’appuyait sur des données démographiques mondiales montrant que les progrès en matière de survie selon l’âge marquaient le pas après 100 ans, et que le record de longévité humaine ne s’était pas amélioré depuis les années 1990. D’autres chercheurs ont contesté la manière dont l’analyse avait été faite.

Pour Nir Barzilai, il faut quoi qu’il en soit s’attaquer au vieillissement. “On peut discuter pour savoir si la limite est à 115, 122 ou 110 ans, dit-il, mais maintenant, on meurt en général avant d’avoir atteint 80 ans. Il reste donc trente-cinq années qui nous échappent. Commençons donc par arriver à ces âges-là, et après on pourra parler d’immortalité ou de quelque chose s’en approchant !”

Changer notre façon d’aborder la question

Qu’ils croient ou non que le vieillissement est une maladie ou qu’il existe une durée de vie maximale, la plupart des spécialistes s’accordent sur un point : il faut changer notre manière d’aborder la question. “Si, face à l’augmentation considérable du nombre de personnes âgées, on ne fait rien pour les garder en bonne santé et autonomes, on sera confrontés à un gros problème de qualité de vie et à un gros problème économique, explique Brian Kennedy, le directeur du Centre de recherches pour le vieillissement en bonne santé et professeur de biochimie et physiologie à l’université nationale de Singapour. Nous devons trouver des moyens de ralentir le vieillissement.”

Pour lui, le vieillissement de la population équivaut à un “changement climatique du système de santé”. La métaphore est pertinente. Comme pour le réchauffement climatique, une grande partie des solutions passe par un changement des comportements, par exemple en modifiant le régime alimentaire et le mode de vie, mais, au lieu de cela, une grande partie du monde semble miser sur la technologie pour résoudre le problème. Notre avenir pourrait donc impliquer le recours non seulement à la géo-ingénierie, mais aussi à la géro-ingénierie.

Derrière les appels croissants à classifier le vieillissement en maladie, on observe un changement des comportements. Selon Morten Hillgaard Bülow, spécialiste de l’histoire de la médecine à l’université de Copenhague, les choses ont commencé à bouger dans les années 1980 avec l’émergence de la notion de “vieillissement réussi”. Des études menées et financées par la Fondation MacArthur, aux États-Unis, ont amené des spécialistes du vieillissement à contester l’acceptation stoïque du déclin prônée par Galien et en vigueur depuis des siècles en affirmant que les scientifiques devaient trouver des moyens d’intervenir.

Le gouvernement américain, conscient des conséquences sanitaires d’une population vieillissante, leur avait apporté son soutien. Parallèlement, des progrès en biologie moléculaire avaient suscité une attention nouvelle chez les chercheurs. Tout cela avait entraîné un afflux de fonds en faveur des recherches sur la nature du vieillissement et ses causes.

Déterminer l’âge biologique

Aux Pays-Bas, Eline Slagboom s’efforce de mettre au point des tests permettant d’identifier les personnes vieillissant à un rythme normal et celles dont le corps est plus vieux que leur âge. Si, pour elle, les médicaments anti-âge ne sont qu’un pis-aller, elle juge en revanche utile de connaître l’âge biologique d’un individu pour traiter les affections liées à l’âge.

Prenons l’exemple d’un septuagénaire souffrant d’une légère hypertension artérielle. S’il a l’appareil circulatoire d’un homme de 80 ans, une tension élevée peut permettre à son sang de mieux atteindre son cerveau, mais s’il a le corps d’un homme de 60 ans, il aura sans doute besoin d’un traitement.

En matière de recherches sur le vieillissement, les biomarqueurs permettant de donner l’âge biologique sont des outils très utilisés, explique Vadim Gladyshev, du Brigham and Women’s Hospital (BWH) de Boston. Selon lui, le vieillissement se caractérise par l’accumulation de modifications néfastes dans le corps humain, allant du changement du nombre de bactéries peuplant nos intestins aux différences de cicatrices chimiques laissées sur notre ADN, ce qu’on appelle la méthylation.

Il s’agit là de mesures biologiques dont on peut suivre l’évolution ; elles peuvent donc servir à contrôler l’efficacité des médicaments anti-âge. Le chercheur explique : “Dès lors que nous pouvons mesurer et quantifier leur progression au fil du vieillissement, cela nous fournit un outil d’évaluation de nos interventions sur la longévité.”

Au bout de vingt ans, les résultats de ces recherches sont visibles. Des études réalisées sur des souris, des vers et d’autres organismes ont révélé ce qui se passe dans des cellules vieillissantes et permis de découvrir différentes manières de prolonger la vie, parfois jusqu’à atteindre une longévité extraordinaire.

Vieillir en bonne santé

La plupart des chercheurs ont des objectifs plus modestes et se concentrent sur l’amélioration de ce qu’ils appellent “l’espérance de vie en bonne santé” [l’EVBS], c’est-à-dire le nombre d’années pendant lesquelles une personne peut rester autonome. Ils assurent faire des progrès, avec quelques pilules en projet.

Parmi les traitements prometteurs, il y a la metformine, un antidiabétique utilisé depuis de nombreuses années, qui, d’après des études sur des animaux, pourrait également protéger contre la fragilité, la maladie d’Alzheimer ou le cancer. L’administrer à des personnes en bonne santé pourrait contribuer à retarder leur vieillissement. Cependant, en l’absence de directives officielles, les médecins se montrent réticents.

Un groupe de chercheurs, dont l’équipe de Nir Barzilai de l’Einstein College, tente de faire bouger les choses. Nir Barzilai dirige un programme d’essais humains baptisé Tame (Targeting aging with metformin, “Cibler le vieillissement avec la metformine”), qui prévoit de donner ce médicament à des personnes âgées de 65 à 80 ans pour voir s’il retarde l’apparition chez elles de problèmes tels que le cancer, la démence, les accidents vasculaires cérébraux ou les crises cardiaques.

Malgré des difficultés pour obtenir des financements (notamment parce que la metformine est un médicament générique, ce qui diminue les perspectives de bénéfices pour les compagnies pharmaceutiques), Nir Barzilai affirme que ses collègues et lui sont désormais prêts à recruter des patients et à commencer l’expérience en fin d’année.

La metformine fait partie de la grande famille des inhibiteurs de mTOR, qui perturbent l’action des protéines impliquées dans la division et la croissance cellulaires. En diminuant l’activité de ces protéines, les scientifiques pensent pouvoir reproduire les bénéfices avérés d’un régime hypocalorique, un régime qui permet aux animaux de vivre plus longtemps, car l’organisme semble répondre au manque de nourriture en prenant des mesures protectrices. Des tests préliminaires réalisés sur des êtres humains suggèrent que ces médicaments pourraient renforcer le système immunitaire des personnes âgées et les empêcher ainsi d’attraper des microbes.

Évitons de jouer au “tape taupe”

D’autres chercheurs tentent de trouver pourquoi les organes se mettent à lâcher avec le vieillissement de leurs cellules, un processus que l’on appelle la sénescence. Parmi les candidats les plus envisagés pour cibler et enlever les cellules altérées présentes dans des tissus par ailleurs sains, on trouve une classe de composés appelés les sénolytiques.

Ceux-ci incitent les cellules âgées à se détruire de manière sélective afin de permettre au système immunitaire de s’en débarrasser. Des études ont montré que les souris âgées traitées avec ces médicaments vieillissaient plus lentement. Chez les humains, les cellules sénescentes sont jugées coupables de divers maux allant de l’athérosclérose à la cataracte en passant par la maladie de Parkinson et l’arthrose.

Des essais humains limités de sénolytiques sont en cours, même s’ils ne visent pas officiellement le vieillissement en lui-même, mais les maladies reconnues que sont l’arthrose et la fibrose pulmonaire idiopathique, une affection pulmonaire.

Les recherches menées sur ces médicaments ont mis en lumière une question clé : existe-t-il un mécanisme commun entraînant l’altération et le déclin des différents tissus ? Si oui, serait-il possible de trouver un médicament pour cibler ce mécanisme plutôt que de pratiquer ce que David Sinclair appelle une médecine du “tape taupe” [un jeu où il faut taper sur la tête de taupes avec un marteau dès qu’elles sortent de terre], qui consiste à soigner les maladies au fur et à mesure de leur apparition ? Le chercheur est convaincu qu’un tel mécanisme existe et pense avoir trouvé une manière étonnante de remonter l’horloge du temps.

Réparer l’ADN endommagé

Dans un livre [paru en septembre], Lifespan, où il décrit des travaux non publiés jusqu’alors, il explique que l’épigénétique est la clé de ses recherches en laboratoire. Ce domaine en pleine évolution s’intéresse à la manière dont les modifications de l’expression des gènes, plutôt que les mutations de l’ADN lui-même, peuvent provoquer des changements physiologiques comme des maladies.

Certains mécanismes épigénétiques propres à l’organisme permettent de protéger les cellules ou de réparer l’ADN endommagé, mais ils perdent en efficacité avec l’âge. David Sinclair affirme avoir réussi à les recharger chez les souris grâce à la thérapie génique, et explique qu’il a pu “rajeunir des cellules du nerf optique endommagées”, redonnant la vue à des vieux animaux aveugles.

Voilà qui a un air de déjà-vu ! De nombreux scientifiques ont déjà cru avoir trouvé une fontaine de jouvence lors d’études réalisées sur des animaux, avant de voir leurs résultats anéantis lorsqu’ils sont passés aux êtres humains. Cependant, David Sinclair est convaincu d’être sur la bonne voie, et a l’intention de publier prochainement les résultats de ses recherches dans une revue scientifique pour les porter à la connaissance d’autres chercheurs.

Comme le vieillissement n’est pas officiellement une maladie, la plupart des recherches sur les médicaments pour y remédier se font en zone grise : elles ne visent pas (ou ne peuvent pas viser) officiellement le vieillissement.

Ainsi, le projet de Nir Barzilai concernant la metformine, le plus proche actuellement d’un essai clinique d’un médicament contre le vieillissement, a pour objectif de prévenir les maladies associées au vieillissement plutôt que le vieillissement lui-même. C’est également le cas des essais menés sur les sénolytiques. Le chercheur précise : “Avec peut-être comme effet secondaire de pouvoir vivre plus longtemps.”

Sans aller jusqu’à dire que le vieillissement devrait être reclassé dans la catégorie des maladies, Nir Barzilai estime que si c’était le cas, on pourrait faire des découvertes beaucoup plus rapidement. Dans le cadre de Tame, il faudra attendre des années et des années pour voir si le médicament administré permet à certains individus d’échapper à des pathologies liées à l’âge.

À quand des essais moins chers et plus rapides ?

Et comme cet effet est potentiellement difficile à repérer, il faudra un nombre considérable de personnes pour prouver quelque chose. Si le vieillissement était considéré comme une maladie, les essais pourraient se concentrer sur quelque chose de plus rapide et moins cher à démontrer, comme la possibilité pour un médicament de ralentir le passage d’un stade de vieillissement à un autre.

Sciences pour l’extension de la vie et de la santé fait partie d’un groupe qui a demandé l’an dernier à l’OMS d’inclure le vieillissement dans la dernière révision de sa Classification internationale des maladies (CIM-11). L’OMS a refusé, mais a quand même introduit un code d’extension (XT9T) “relatif au vieillissement”, qui peut être ajouté à une maladie pour indiquer que l’âge augmente les risques de la contracter.

Pour donner une assise plus scientifique aux recherches de traitements contre le vieillissement, un autre groupe de scientifiques se prépare à revoir le dossier avec l’OMS. Rédigée sous la houlette de Stuart Calimport, un ancien conseiller de la Sens Research Foundation en Californie, qui promeut la recherche sur le vieillissement, leur proposition détaillée (dont nous avons pu consulter un exemplaire) suggère de donner une note allant de 1 à 5 par exemple à tous les tissus, organes et glandes de notre corps en fonction de leur propension à vieillir.

Ce processus de détermination du stade d’évolution a déjà permis la mise au point de traitements contre le cancer. En théorie, il pourrait conduire à l’autorisation de médicaments ayant démontré leur action pour arrêter ou retarder le vieillissement des cellules dans certaines parties du corps.

Ranger le vieillissement dans la catégorie des maladies pourrait présenter un autre avantage de taille. Selon David Gems, spécialiste de la biologie du vieillissement à l’University College de Londres, cela permettrait de lutter contre les produits anti-âge proposés par des charlatans. Il insiste : “Cela protégerait surtout les personnes âgées contre l’exploitation outrancière de ce filon par les professionnels de l’industrie anti-âge. Ceux-ci peuvent avancer n’importe quoi étant donné que [qui vieillit] n’est pas, d’un point de vue légal, une maladie.

Ainsi, en février, la FDA a été obligée de diffuser une mise en garde contre les transfusions de sang de jeunes personnes – une pratique de plus en plus populaire dans le monde entier, qui coûte des milliers de dollars –, en rappelant que ces injections n’ont pas de bénéfices cliniques prouvés. Mais elle n’a pas pu les interdire : en les qualifiant de “traitement anti-âge”, les entreprises échappent au contrôle strict auxquels sont soumis les médicaments visant à soigner une maladie particulière.

Comme les Cyclopes, Singapour a un aperçu de ce que lui réserve l’avenir – et ce que les pouvoirs publics voient ne leur plaît pas du tout. L’État insulaire se trouve en première ligne face à la vague grise. Au rythme où vont les choses, il comptera à peine deux actifs pour un retraité en 2030 (contre trois actifs par habitant de plus de 65 ans aux États-Unis). Le pays essaie donc de réécrire ce scénario pour lui trouver une fin plus saine et plus réjouissante.

Avec l’aide de sujets volontaires, Brian Kennedy se prépare à mener les premiers tests humains de grande ampleur sur des traitements du vieillissement. Il souhaite tester 10 à 15 interventions – sans préciser lesquelles – sur des petits groupes de quinquagénaires. “Je pense utiliser peut-être trois ou quatre médicaments et quelques compléments, puis comparer leurs effets à des modifications du mode de vie.”

Lutter contre le vieillissement de la population est une priorité du gouvernement, et Brian Kennedy souhaite créer une plateforme d’essai pour ses expériences : “Nous avons enregistré de gros progrès sur les animaux, mais il reste à faire les mêmes tests sur des humains.”

David Adam