Attractions fantômes

Extraits d’un article du journal The Washington Post, traduit par Courrier International.

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Snoop Dogg (à gauche) avec l’hologramme du rappeur Tupac, à Coachella en 2012.

Hologram USA s’est fait connaître en 2012, en faisant apparaître sur la scène du festival de Coachella un hologramme du rappeur américain Tupac Shakur [assassiné en 1996]. Pionnière dans cette technologie, la société vient d’annoncer son tout nouveau programme de « résurrection numérique » : elle entend ramener des humoristes à la vie grâce aux hologrammes. C’est au nouveau Hologram Comedy Club, une salle du National Comedy Center, un projet immobilier d’un montant de 18 millions de dollars [16 millions d’euros] en construction à Jamestown, dans l’Etat de New York, que les touristes auront la chance d’assister aux spectacles des plus grands humoristes de tous les temps ­ tels que George Carlin, Rodney Dangerfield et Bob Hope ­, le tout dans le cadre intimiste d’un café-théâtre.

L’idée phare, bien entendu, est qu’en assistant à un spectacle en direct, dans l’ambiance reconstituée d’un comedy club, le public appréciera plus le talent de l’humoriste que s’il regardait des séquences d’archives filmées dans un théâtre ou des sketchs en streaming sur une tablette numérique ou à la télévision. En regardant un spectacle en hologrammes grandeur nature (10 à 12 sketchs de quatre à cinq minutes chacun), le public pourra non seulement comprendre comment les humoristes d’une autre époque investissaient la scène et plaçaient une blague à point nommé, mais aussi ressentir le charme et le charisme uniques d’un comique légendaire.

Un tel projet repose évidemment sur la magie de la haute technologie. Néanmoins, si les hologrammes d’humoristes sont tellement à la pointe, c’est pour une autre raison : ils pourraient donner un véritable coup de pouce à l’économie et au tourisme des villes qui, à court d’argent, cherchent à attirer de nouveaux visiteurs.

Stratégie à long terme

Ce n’est pas un hasard si la ville organisant cet incroyable spectacle d’hologrammes est Jamestown, ville natale de la célèbre humoriste Lucille Ball, vedette de la série américaine I love Lucy [qui a fait les beaux jours de la chaîne CBS entre 1951 et 1957]. Située dans le sud-ouest de l’Etat de New York, près du lac Erié, Jamestown était autrefois la « capitale mondiale du mobilier ». La ville cherche aujourd’hui de nouveaux moyens de renouer avec la croissance.

Le lancement de l’Hologram Comedy Club est apparu comme un moyen d’attirer plus de touristes dans la région grâce à la relation historique de la ville avec Lucille Ball. Ce nouveau centre pour la comédie compte sur le soutien des responsables du développement économique de New York, qui l’intègrent à la stratégie touristique à long terme de l’Etat et le considèrent comme un prolongement de la célèbre campagne de marketing « I love New York ». Andrew Cuomo, le gouverneur de l’Etat, a ainsi attribué une subvention de 1,5 million de dollars [1,39 million d’euros] au National Comedy Center pour que la magie de ces spectacles holographiques opère.

Quand on y pense, l’argument économique et touristique de ce projet pourrait être également pertinent dans d’autres villes que Jamestown. Imaginons : cette même technique pourrait être utilisée pour organiser des spectacles à guichets fermés dans des villes industrielles, autrefois prospères, ayant perdu leur secteur manufacturier ou dans des villes perdues au milieu de nulle part. Comme Jamestown, qui se sert de son statut de ville natale de Lucille Ball, toutes ont des célébrités et des héros locaux susceptibles d’être transformés en hologrammes. Prenons Détroit, par exemple. Outre les quelques humoristes célèbres originaires de la région (comme Ed McMahon et Lily Tomlin), tout un groupe de musiciens et d’artistes, tels que Stevie Wonder, Eminem, Aretha Franklin, Kid Rock, The Supremes ou encore The Temptations, pourraient faire l’objet d’hologrammes convaincants.

Tournée mondiale

Associer hologrammes et tourisme est plus qu’un simple pari. Pour promouvoir sa technologie de « résurrection numérique », Hologram USA travaille actuellement sur une tournée mondiale de célébrités disparues, dont Buddy Holly et Liberace. Si aucune date précise n’a été fixée, la première représentation de Liberace en hologrammes pourrait avoir lieu à Las Vegas, d’après Hologram USA. Ce tourisme holographique inclurait des spectacles grandeur nature où le public aurait l’occasion d’interagir avec l’artiste.

Les hologrammes pourraient bien changer la donne de l’industrie du tourisme. Pour l’instant, toutes les représentations virtuelles ont lieu dans des villes comme Las Vegas, Orlando ou New York, c’est-àdire des villes où les touristes sont suffisamment nombreux pour que les sociétés de production investissent dans des technologies coûteuses et que les salles soient combles chaque soir. Mais que se passerait-il si des spectacles en hologrammes se montaient, disons, dans une petite ville universitaire qui possède tout de même une capacité d’accueil de 100 000 personnes pour les grands événements sportifs ? Un artiste ne donnerait-il pas son feu vert pour que son hologramme apparaisse sur scène si cela attirait 100 000 acheteurs ?

Les hologrammes de célébrités suscitent d’ores et déjà un grand intérêt. Mais ils pourraient devenir encore plus attirants si l’on considère le potentiel qu’ils représentent pour la croissance économique et la renaissance des villes d’origine de célébrités et ce, dans tout le pays.

 

Dominique Basulto