Des robots pour gérer votre épargne

Article tiré du journal Le Monde.

Des robots pour gérer votre épargne

Et si plutôt que demander conseil à votre banquier, vous laissiez la technologie gérer votre épargne ? Venus des Etats-Unis, les « robo-advisors » débarquent en France. De quoi s’agit-il ? De sites Internet qui proposent aux particuliers l’allocation d’actifs la plus adaptée à leur profil grâce à une batterie d’algorithmes et de statistiques.

Outre-Atlantique, le pionnier Wealthfront affiche 2 milliards de dollars d’actifs sous gestion au compteur. Un de ses concurrents Bettermen a déjà atteint 1,4 milliard. Ils ont séduit près de 75 000 particuliers, selon une étude publiée mi-mars par Goldman Sachs. Et encore ce n’est rien : la taille de ce marché est estimé à 500 milliards de dollars par le bureau d’analyses RBC Capital Markets.

En France, nous en sommes évidemment très loin, mais plusieurs sociétés de « fintech » – contraction de finance et de technologie – se positionnent sur ce marché naissant. Yomoni vient ainsi de lever 3,5 millions d’euros auprès de Crédit Mutuel Arkéa et de Iena Venture, avec l’objectif de « démocratiser la gestion de fortune ». Rien de moins. « Les Français, qui ne font pas partie des 5 % les plus riches, ne sont pas épaulés par leurs banques. Leur soi-disant conseiller leur vend des produits maisons ou les incite à ouvrir un livret A. Conséquence, leur épargne est trop souvent mal placée », explique Mourtaza Asad-Syed, le fondateur de la start-up.

Génération digitale

La cible de ces sites : les 25-30 ans, cette génération digitale qui ne se déplace jamais en agence bancaire, commence à épargner, mais est souvent démunie face à une offre de placements trop complexe. Aux Etats-Unis, Goldman Sachs les appelle les « Henry », pour « high earning, not rich yet »

« Jusqu’à présent les sites permettant de gérer son épargne en ligne offraient une multitude d’outils, de sources d’informations, de données pour investir. Mais ce n’est pas ce que cherche le particulier. Il veut qu’on s’occupe de lui, qu’on lui mâche le travail et souhaite un réel suivi de sa situation », explique Nicolas Marchandize, le cofondateur d’Advize, qui s’est lancé dès 2012.

Après que vous ayez précisément renseigné votre capacité d’épargne, vos projets, votre profil, votre aversion au risque, etc. Ces sociétés vous proposent donc une allocation d’actif que vous pouvez, ou non, suivre. Grâce à un outil qui « s’appuie sur des algorithmes quantitatifs », Fundshop vous accompagne, par exemple, dans la constitution d’un portefeuille que vous devez ensuite dupliquer dans votre contrat d’assurance-vie.

Le modèle diffère quelque peu avec Yomoni. « Le particulier nous signe un mandat de gestion et nous nous occupons de tout. Nous lui ouvrons un contrat d’assurance-vie chez notre partenaire et nous assurons la gestion de son allocation, le tout avec des frais moitié moins élevés que dans un réseau classique », promeut M. Asad-Syed.

Freins à lever

Ces frais au ras des pâquerettes sont un autre argument mis en avant. Cela sera-t-il suffisant pour convaincre les particuliers de leur faire confiance ? Yomoni espère convaincre 5 000 clients par an et atteindre un milliard d’euros d’actifs sous gestion d’ici à 2020. Un chiffre ambitieux sachant que Advize compte 3 000 utilisateurs, dont une partie seulement –la direction refuse de communiquer le chiffre précis – sont des clients payants.

Or les freins à lever sont nombreux. Le faible engouement des particuliers pour les contrats d’assurance-vie sur Internet l’illustre. Ces produits ont beau être nettement plus performants que ceux distribués dans les réseaux bancaires classiques, ils ne captent que 2 % de la collecte de l’assurance-vie. Outre la notion de confiance qui ne se gagnera qu’avec le temps, la question des performances est primordiale : les allocations proposées par ces robots tiendront-elles leurs promesses ? Il est bien évidemment trop tôt pour le dire.

 

Frédéric Cazenave