Algorithme esseulé cherche données à exploiter

Article tiré de la revue Technology Review, traduit par Courrier International.

Dating Site for Algorithms
Dessin d’Eva Vázquez paru dans El País, Madrid

Algorithmia a réinventé le concept du site de rencontres. Le site Internet de cette start-up permet en effet aux entreprises qui accumulent de grandes masses de données de trouver l’algorithme idéal pour les exploiter – et pour en tirer des bénéfices [un algorithme est une suite d’opérations mathématiques permettant de résoudre un problème].

L’objectif, explique son cofondateur, Diego Oppenheimer, est de rentabiliser les nombreux algorithmes développés dans le monde universitaire qui dépérissent après leur publication dans des revues scientifiques. Nombre d’entre eux faciliteraient la vie des entreprises, qui pourraient ainsi trier et exploiter les données recueillies auprès de leurs clients ou sur Internet. Si Algorithmia crée le couple algorithme-données parfait, le chercheur touche des droits pour l’utilisation de son algorithme, et la start-up perçoit une petite commission.

Le site est actuellement en phase de bêta-test uniquement auprès d’universitaires, d’étudiants et de quelques entreprises, mais Diego Oppenheimer affirme que certains clients ont déjà procédé à des achats et qu’une ouverture au public permettra à un plus grand nombre d’utilisateurs d’en profiter d’ici à la fin de l’année. “Un algorithme permet de résoudre un problème. Si vous avez un grand éventail d’algorithmes, vous avez toute une boîte à outils permettant de résoudre des problèmes”, résume l’entrepreneur, qui travaillait auparavant chez Microsoft sur des fonctions d’analyse de données pour l’équipe Excel.

Le second cofondateur, Kenny Daniels, a étudié l’intelligence artificielle à l’université de Californie du Sud (USC). Diego Oppenheimer et lui ont commencé à travailler sur leur site à plein temps en 2013. En août, l’entreprise a collecté 2,4 millions de dollars [1,85 million d’euros] en capital d’amorçage, des fonds issus notamment du Madrona Venture Group [une société de capital-risque], mais aussi de l’investisseur providentiel Oren Etzioni, PDG de l’Allen Institute for Artificial Intelligence (AI2), qui enseigne par ailleurs l’informatique à l’université de Washington.

Beaucoup de bonnes idées restent inexploitées, déplore Oren Etzioni, car elles restent cantonnées à des articles présentés lors de conférences d’informatique, puis publiés dans des revues. “Dans la plupart des cas, un algorithme et un programme informatique y sont associés, mais le problème c’est que très peu de gens vont en entendre parler, et presque personne ne va les utiliser.” Cela s’explique notamment par le fait que les articles universitaires sont écrits pour être lus par d’autres universitaires, poursuit Oren Etzioni, et il est donc difficile pour le monde de l’entreprise d’appréhender leurs idées.

Et, même si une société a le coup de foudre pour un projet, il faut du temps et de l’argent pour interpréter l’écriture universitaire et en tirer un outil qu’elle puisse tester. Pour remédier à ce problème, Algorithmia exige que les algorithmes mis en ligne sur son site utilisent une interface de programmation d’applications [une interface qui permet à différents systèmes informatiques de communiquer facilement], ce qui permet de les comparer et de les utiliser plus facilement. Certains des algorithmes qui cherchent actuellement le grand amour pourraient servir à l’apprentissage automatique, à l’extraction du sens d’un texte et à la création d’itinéraires à partir de cartes ou de jeux vidéo, précise Diego Oppenheimer.

Les premiers utilisateurs du site y ont trouvé des algorithmes permettant par exemple d’extraire les données de tickets de caisse afin de les classer automatiquement. Avec le temps, la start-up s’attend à ce qu’environ 10 % des utilisateurs mettent en ligne leurs propres algorithmes. Les programmeurs peuvent les mettre à disposition gratuitement ou fixer un prix.

Tests en direct

Tous les algorithmes sur la plateforme d’Algorithmia sont prêts à l’emploi, assure Diego Oppenheimer, ce qui signifie que les utilisateurs peuvent immédiatement les tester, observer leurs résultats et en essayer d’autres en parallèle. Le site permet aux utilisateurs de plébisciter les algorithmes les plus utiles et de publier des commentaires. Il affiche également le nombre d’utilisations de chacun d’entre eux.

Algorithmia incite les programmeurs à autoriser les autres utilisateurs à voir le code qui se cache derrière leurs algorithmes, afin de repérer d’éventuelles erreurs ou des façons d’améliorer leur efficacité. Un problème pourrait cependant apparaître concernant la propriété intellectuelle, car il n’est pas toujours évident de déterminer à qui appartient un algorithme lorsqu’il est développé par un professeur ou un étudiant au sein d’une université. Cela varie d’un établissement à l’autre, rappelle Diego Oppenheimer, mais plusieurs d’entre eux considèrent que leurs algorithmes sont libres de droits.

Algorithmia ne prend pour sa part aucune participation dans les algorithmes mis en ligne sur le site. Oren Etzioni est convaincu qu’Algorithmia pourra aller plus loin que la simple mise en relation d’acheteurs et de vendeurs, à mesure que la banque d’algorithmes se développera. Il envisage à terme l’apparition d’une méthode plus rapide pour créer des programmes informatiques : les développeurs pourront facilement associer de nombreux algorithmes différents à partir de la sélection proposée.

 

Rachel Metz