Halal beauté

Article tiré du magazine Tempo, traduit par Courrier International.

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Produits cosmétiques certifiés halal.

Rizhitha Putri, 22 ans, n’hésite plus à se farder le visage juste après l’avoir mouillé de l’eau des ablutions rituelles. “Les produits cosmétiques que j’utilise sont halal, donc ils ne souillent pas mes ablutions”, souligne la finaliste du concours mondial des beautés musulmanes de 2012 [Annual Award of World Muslimah, un concours de beauté créé en Indonésie et réservé aux musulmanes portant le voile, dont la première édition a eu lieu en 2011].

Comme ses amies musulmanes dites hijabers – parce qu’elles portent le hijab non de façon classique ou pieuse, mais de façon vraiment branchée et à la mode –, Rizhitha ne jure plus que par ces produits de beauté sanctifiés par l’islam.Pour ces jeunes femmes, la beauté ne peut être séparée de la pureté : en clair, elle ne doit être associée à aucune matière haram [interdite] qui perturberait leurs pratiques religieuses quotidiennes, telle que l’alcool, la graisse de porc ou le placenta de bébé [un ingrédient interdit depuis 2005 en France].

Elles avaient autrefois du mal à trouver des produits cosmétiques halal, mais depuis deux ans les choses ont changé. Le marché est en effet très prometteur. L’agence d’analyse des produits médicamenteux et cosmétiques du conseil des oulémas indonésiens (LPPOM MUI) note que le nombre de produits sur le marché a doublé en deux ans. “Avant il n’y avait qu’un seul fabricant de cosmétiques halal, aujourd’hui il y en a dix inscrits au bureau central du conseil des oulémas. Sans compter ceux qui se développent en régions”, précise la vice-présidente, Osmena Gunawan.

Les besoins en produits cosmétiques halal existent depuis longtemps. En 1989, le LPPOM MUI avait même lancé une campagne de sensibilisation sur le sujet. Mais sans éveiller, à l’époque, l’intérêt des fabricants. Ce n’est qu’en 1995 qu’un producteur local a ouvert une brèche. Il est depuis devenu le plus important fabricant de produits cosmétiques halal d’Indonésie sous la marque Wardah. Mais selon son directeur commercial, Salman Subakat, porter le label halal ne suffit pas pour faire une entreprise à succès. Il faut que la qualité suive, sinon le produit ne résiste pas longtemps sur le marché. Et ce n’est pas si facile que ça de fabriquer des cosmétiques halal de qualité. “Il nous a fallu cinq ans avant d’atteindre la qualité requise”, précise Salman Subakat. Et, malgré l’arrivée de nouveaux concurrents, Wardah continue à prospérer grâce au nombre toujours plus grand de femmes indonésiennes qui portent le voile.

Parmi ces concurrents locaux, on trouve la marque Wellys, qui a choisi de s’implanter via la commercialisation à paliers multiples [dans laquelle les clients sont aussi des revendeurs], encore inédite dans ce secteur [en Indonésie]. Wellys a été lancée il y a un an et demi avec seulement 7 employés. En ciblant aussi bien les femmes au foyer que les actives, cette toute jeune entreprise dispose déjà d’un réseau de 15 000 membres et a réalisé un chiffre d’affaires de 2 milliards de roupies [environ 140 000 euros] pour sa première année. En misant sur une augmentation des ventes de 30 % par an, Wellys compte bien en 2015 atteindre les 50 000 membres et commencer à ouvrir des cliniques de soins esthétiques halal. Pour mieux se faire connaître, Wellys s’affiche comme sponsor du maquillage dans diverses émissions de télévision sur les chaînes privées. Mais tous ses espoirs reposent sur la nouvelle tendance des hijabers.“Nous sommes en train de mettre en place des cours de beauté pour les hijabers, en coopération avec plusieurs établissements scolaires, pour toucher le marché des adolescentes”, explique Sarhasi Pamungkas, le directeur de Wellys.

Même si ces produits cosmétiques halal se développent rapidement, ils ne représentent encore que 15 % du marché conventionnel national. Selon le vice-président du LPPOM MUI, cela est dû en partie aux conditions d’obtention du label halal. Le processus est long avant que la commission des fatwas du conseil des oulémas n’appose son tampon. L’étape la plus délicate, dans ce parcours du combattant halal, est l’audit du contenu de chaque produit. Des inspecteurs du conseil des oulémas doivent se rendre sur le site de fabrication de l’entreprise et tester divers ingrédients considérés comme critiques, tels que les graisses, le collagène, l’élastine, les extraits de placenta, les stabilisateurs de vitamines et les acides a-hydroxylés [généralement tirés de sucres de fruits ou de lait, comme l’acide lactique].

Etant donné l’engouement pour ces produits cosmétiques, le LPPOM MUI a mis en place plusieurs mesures pour accélérer l’obtention du label halal, dont un système d’inscription en ligne. Pour une petite entreprise familiale, les frais s’élèvent au minimum à 2,5 millions de roupies [environ 170 euros], et pour une grande société à plusieurs centaines de millions de roupies.

 

Gustidha Budiartie