Maman est en voyage d’affaires

Extraits d’un article du Wall Street Journal, traduit par Courrier International.

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Dessin de Walenta, Pologne

Katherine Stone, 43 ans, veut quitter Atlanta, son mari et ses enfants – mais quelques jours seulement – pour participer à des discussions sur des problèmes spécifiques aux mères, rencontrer d’autres blogueuses et dormir dans une chambre nettoyée par quelqu’un d’autre. Ancienne directrice marketing chez Coca-Cola, Katherine Stone est aujourd’hui une femme au foyer qui élève deux jeunes enfants et anime un blog baptisé Postpartum Progress [qui aide les jeunes mères à identifier et à surmonter la dépression postnatale]. “Je vais manger les cochonneries du minibar et passer quelques jours sans Bob l’éponge”, résume-t-elle.

Comme bien des mères travaillant chez elles – blogueuses, décoratrices d’intérieur et autres créatrices –, Katherine a rarement l’occasion de partir seule en voyage pour échapper à l’usure du quotidien. Aujourd’hui, ces femmes constituent une nouvelle cible pour les organisateurs d’événements, les entreprises de relations publiques, les voyagistes et les experts du marketing, qui sponsorisent diverses conférences et conventions qui leur sont spécialement destinées. Ceux-ci ont trouvé comment les rendre heureuses : il suffit de leur donner une bonne raison de partir en voyage d’affaires.

Le mari de Katherine voyage souvent pour son travail, mais, la semaine prochaine, c’est elle qui pliera bagage. Direction le Ritz-Carlton de Laguna Niguel, en Californie, où elle participera avec ses amies du web à la convention “Mom 2.0”, prévue pour trois jours (et dont l’entrée coûte entre 250 et 450 dollars, frais de transport et d’hébergement non compris).

Là, Katherine et les autres “mamans 2.0” pourront assister à des séminaires intitulés “Comment continuer à bloguer quand tout a déjà été blogué ?” ou “Au secours ! Mon enfant de 9 ans veut un compte Instagram !” Pour elles, c’est aussi l’occasion de se pavaner avec des chapeaux extravagants en sirotant des cocktails à la menthe dans une garden-party ou d’enfiler des pantacourts très fifties pour un barbecue à thème avec vue sur la plage. “Je suis quelqu’un de sérieux et je m’occupe sérieusement de mes enfants, explique Katherine.

J’ai le droit de me laisser aller de temps en temps.” Il y a huit ans, la société BlogHer – un portail communautaire – a accueilli près de 300 personnes pour sa première convention annuelle de blogueuses dans la Silicon Valley. Succès immédiat : l’événement a été plébiscité par ces femmes qui ne demandaient qu’à sortir de l’isolement de leur foyer pour rencontrer en chair et en os des amies croisées sur la Toile.

En juillet prochain, 5 000 femmes devraient se rendre à Chicago pour la convention BlogHer 2013, où elles apprendront comment gagner de l’argent grâce à leur blog ou prendre de belles photos sur Instagram. Le passe coûte entre 199 et 1 100 dollars, frais de transport et d’hébergement non inclus, et 99 dollars pour les étudiantes.

Mais, pour ce type d’événement, l’essentiel du financement provient des marques, particulièrement désireuses d’établir un lien avec une catégorie de consommatrices importante. Ce sont en effet ces femmes qui décident des achats pour leur foyer et sont actives sur les réseaux sociaux. Installée à San Francisco, Rodan + Fields est une entreprise de vente directe de cosmétiques dont les clientes et ambassadrices sont essentiellement des mères de famille.

Cette société estime que les conventions et autres voyages d’affaires sont de véritables atouts pour les ventes. Les représentantes qui vendent les crèmes antirides de la marque et recrutent d’autres ambassadrices sont généralement des femmes au foyer qui élèvent leurs enfants et se cherchent une identité, ainsi qu’une source de revenus, en dehors leur maison, analyse Lori Bush, présidente de Rodan + Fields. “L’argent n’est généralement pas leur première motivation, poursuit-elle.

L’idée est de participer à une activité très socialisante.” Rodan + Fields donne donc aux femmes l’occasion de partir et de rencontrer d’autres personnes. Près de 5 000 représentantes ont participé à la convention annuelle de la marque, organisée cette année à Dallas, en février. L’entreprise couvre toutes les dépenses à l’exception des frais de transport et d’inscription. “C’est une dépense de marketing majeure, un événement de plusieurs millions de dollars”, souligne la présidente.

Andrika Langham, 35 ans, a contacté Rodan + Fields à l’automne dernier, alors qu’elle était à la recherche d’un travail à temps partiel, compatible avec son emploi du temps de mère. Habitante de Knoxville, dans le Tennessee, elle s’est rendue à la convention de Dallas. Elle n’a jamais voyagé sans ses enfants, âgés de 5 et 7 ans.

Elle s’est lancée dans son nouveau travail avec un tel enthousiasme qu’elle a gagné un billet pour le voyage d’octobre organisé par la société à San Francisco et dans les vignes de Californie. Elle y rencontrera des consœurs et découvrira les nouveaux produits de la marque, en même temps que les vignobles de la région. “En tant que mère, j’aurais tendance à me sentir un peu coupable, confie-t-elle, mais ce n’est pas non plus comme si je partais pour un voyage entre copines.”

 

Katherine Rosman