La restauration, le filon bis de la Silicon Valley

Article tiré du journal Le Monde.

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Les artisans et les entreprises agroalimentaires ont trouvé un terreau fertile pour se développer dans le technopole californien.

La Silicon Valley, relai publicitaire ? C’est le pari qu’ont fait plusieurs entreprises d’agroalimentaire, qui ont décidé de faire débuter leurs produits dans les entreprises du pôle technologique californien. Et pas simplement en distribuant dans la rue des échantillons de nourriture.

Des bouteilles de sauce Spicy Mango ont ainsi été déposées en douce dans les cantines de plusieurs entreprises par les complices des fondateurs de Bandar Foods, raconte le Financial Times. La devise de l’entreprise, « Saveur indiennes, goût américain », vise une clientèle de salariés aux origines indiennes, de première ou deuxième génération.

Mais surtout, la démarche est parfaitement adaptée à la politique des repas gratuits de nombreuses entreprises de la Valley, où les employés sortent moins acheter leur déjeuner. Bandar Foods penserait même à sponsoriser les « hackathons », ces marathons de codage informatique où les ingénieurs ne décollent pas de leurs sièges pendant plusieurs heures.

Le FT rapporte d’autres expériences destinées à surfer sur le juteux filon de la restauration : des camionnettes garées sur le parking d’eBay aux programmes informatiques facilitant les commandes dans les restaurants alentour, en passant par des séances de dégustation géantes chez Google.

Le géant de l’Internet organise tous les ans un salon dédié aux aliments, où une centaine de producteurs et fournisseurs se soumettent à l’évaluation (via une application ad hoc) des 30 000 employés de Mountain View. Ceux qui trouvent grâce aux palais des salariés peuvent recevoir des commandes de l’entreprise (qui prend en charge trois repas par jour) mais aussi des commandes privées de cadres organisant un buffet ou offrant des paniers garnis. Sans compter le bouche-à-oreille au sein de l’entreprise mais aussi sur les réseaux sociaux, largement utilisés parmi les employés du technopole.

Esprit start-up

Les petits artisans deviennent parfois de lucratives sociétés, comme le chocolatier Tcho, sélectionné par les employés Google et qui a renvoyé l’ascenseur en devenant client de Google Analytics. La page descriptive sur le moteur de recherche encense la « démarche Tcho », qui « accorde une grande importance à la nécessité d’informer et d’éduquer ses clients » et lance des éditions « bêta » de ses produits, tout en maintenant une « innovation omniprésente » dans un état d’esprit « start-up ».

Start-up servant les start-ups, ZeroCater est un intermédiaire permettant aux petites entreprises de sacrifier à la mode du repas gratuit sans avoir à s’équiper d’une cuisine et à embaucher du personnel supplémentaire. Sa vingtaine d’employés réserve et va chercher les repas dans les restaurants locaux.

Autre modèle économique, les « foodtrucks », ces camions-traiteurs-cantiniers, s’y développent à vitesse grand V, un site collaboratif leur est même consacré, afin de les évaluer et de suivre leur pérégrinations : « Silicon Valley Food Trucks » et un podcast de reportages sur le sujet est consultable sur la page « Food Truck Nerd ».

La Silicon Valley s’inscrit certes dans une région friande de bonne chère où les marchés sont légion et le bio presque une norme. Mais, une fois la recette éprouvée dans ce berceau de l’innovation et de l’esprit start-up, elle commence à se répandre sur l’ensemble du territoire.

Le père de toutes ces entreprises s’appelle Bon Appetit Food Management et s’est installé sur le marché de la cantine geek depuis plus de vingt-cinq ans. Ses clients : d’Adidas à Yahoo! en passant par Electronic Arts et Starbucks. Elle sert aujourd’hui 135 millions de repas par an, à travers tout le pays. Et a créé un programme de formation pour les futurs agriculteurs… sur Internet.

 

Mathilde Damgé