Snow Fall, le journalisme 2.0 selon le NYT

Article tiré du blog Etreintes Digitales, hébergé par lefigaro.fr.

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Snow Fall, par le New York Times

C’était la petite bombe éditoriale des vacances de Noël. Le 20 décembre, le New York Times a publié Snow Fall, un chef d’oeuvre de journalisme multimedia. En six tableaux, le quotidien américain livre l’éprouvant et émouvant récit d’un groupe de skieurs aguerris surpris par une avalanche. Et réussit le tour de force de ponctuer ce captivant reportage de pastilles multimédia – vidéo, infographies animées, photos – sans jamais rompre le charme que l’auteur de l’article sait créer avec ses mots.

Sans surprise, la mise en ligne de cet objet journalistique non identifié a rapidement été saluée par les observateurs comme un modèle à suivre et un bel avant-goût de l’avenir du journalisme en ligne. Mais d’autres observateurs ont aussi été prompts à rappeler tout ce qui fait que Snow Fall ne peut pas décemment être ce qui fera la presse en ligne de demain. Newscred a dressé un éloquent tour d’horizon de ces réactions.

Réunis, ces avis divergents montrent à quel point Snow Fall condense et cristallise tout simplement tous les défis et toutes les contradictions de la presse alors qu’elle se cherche un avenir en ligne.

Dans le détail :

  • les grands groupes médias sont encore capables de créer des sublimes produits éditoriaux
  • mais c’est long (6 mois de reportage) et coûteux (17 personnes) à produire
  • c’est ce qui différencie les organisations comme le New York Times de newsletters et blogs que le quidam peut lancer
  • à moins que l’avenir de la presse en ligne passe par de l’information rapide, brute, pas chère
  • enfin, si on est champions de la créativité éditoriale, on n’est nuls en matière de monétisation
  • le New York Times a en effet très bien travaillé son expérience éditoriale, mais flanqué celle-ci de bannières publicitaires ordinaires et dérangeants, donc inefficaces
  • on a l’impression que le département marketing n’a pas parlé avec l’éditorial, ce qui interroge sur le modèle des organisations média au sens large.

Un peu d’espoir vient peut-être des chiffres que la directrice du New York Times a partagé avec ses troupes fin décembre. L’article a été attiré 3 millions de visiteurs. « Au plus haut, jusqu’à 22 000 utilisateurs consultaient Snow Fall en même temps. Entre un quart et un tiers d’entre eux étaient de nouveaux visiteurs de nytimes.com. (…) Les utilisateurs passaient en moyenne autour de 12 minutes avec le projet« .

Autrement dit : le potentiel de revenus que le journal peut créer avec ce type de produit n’est pas sur le reportage lui-même, mais se trouve plutôt dans l’opportunité de fidéliser, abonner, recruter des lecteurs après les avoir attirés avec ce délicieux pot de miel numérique.

 

Marie-Catherine Beuth